Le système, les compétences et l’organisation

Bruno Bachimont, un spécialiste de l’archivage numérique de l’INA affirme que si on peut avoir des techniques de stockage de masse toujours plus pérennes, il restera toujours un défi, celui de « relire » suffisamment souvent les archives pour vérifier qu’on les comprenne… En effet, que la donnée soit disponible ne veut pas dire qu’on sait en faire quelque chose, si on ne sait pas/plus dans quel processus elle a été produite, diffusée… Il définit ainsi un métier nécessaire « d’historien », celui qui lit les archives pour les maintenir vivante… Qui va relire les zettabytes » de nos traces dans nos nuages… ?

Cela interroge les notions d’apprentissage, de compétence, de qualifications et donc de pouvoir de décision, d’organisation. Une maxime de consultant dit « l’essentiel n’est pas de choisir le meilleur outil, mais de bien former les bons artisans pour bien s’en servir »… Si la capacité de stockage et calcul tend vers l’infini et qu’elle permet de répondre à toutes questions, à quoi sert l’apprentissage ? Les échecs des projets montrent pourtant l’importance des usages et donc des apprentissages qui construisent sur l’outil numérique des pratiques de travail individuelles et collectives.

L’informaticien et l’entreprise

Si le numérique marque tous les aspects d’une entreprise, l’entreprise est une organisation humaine avec des stratégies d’affaires, financières, logistiques… et des enjeux de management, de ressources humaines, de compétences. Une entreprise qui ne tient pas compte de ses intérêts propres dans les réseaux sociaux (réputation, secret, espionnage, concurrence, partenariats) sera désarmée dans une concurrence toujours plus exacerbée.

Elle a besoin d’un ensemble de compétences et d’applications qui lui permette de décider et d’agir. C’est ce qu’on appelle son « système d’information » que la théorie des systèmes place entre le système décisionnel (la gouvernance) et le système opérant (les opérations métiers). Ces applications sont loin de se limiter aux applications de productivité personnelle, ou à des réseaux sociaux même d’entreprises. Elles s’appuient sur des bases de données qui accumulent les connaissances propres de l’entreprise, qu’elle va protéger et valoriser, et des applications qui l’aident à décider, organiser, opérer.

Ces S.I. sont au cœur de l’organisation des entreprises. Ce sont eux qui permettent de définir des rôles, des processus, des tableaux de bord…

En conclusion, le « code » ne produit de valeur que dans les pratiques d’acteurs utilisant un système qui opère pour une organisation, autrement dit dans le « système ». C’est pourquoi les compétences systèmes d’information sont au cœur du métier d’ingénieur informatique.